03 octobre 2009 // A l'ombre de ton ombre
»
Papa. Assis au pied de ton caveau je regarde ce que tu « vois » tous les jours.
A vrai dire, je n'ai jamais vraiment pu admettre que tu sois enfermé entre ces cinq dalles de marbre aussi lisses et sombres qu'un cauchemar sans issue. Ce petit bout de lierre qui persiste à survivre dans la jardinière te ressemble tellement plus que les fleurs en pot.
Les reflets des nuages dans ton regard minéral donnent à ton portrait gravé une intensité si vivante, si troublante, si proche de ces yeux verts de bleu qui n'ont jamais voulu se fermer. Ils me souhaitent la bienvenue, sondent de fond en comble mon état du moment puis m'invitent à m'assoir un instant, face aux collines boisées. La vue n'est pas la pire et c'est le Pays que tu aimais. Aussi je me dis que tu vois passer les saisons, que tu prends le temps d'observer chaque oiseau, que tu écoutes de loin l'agitation paisible de ton village d'enfance.
Tu n'as pas souvent de visite mais à quoi bon, tout le monde sait que les cimetières ne sont que des lieux de passage pour les vivants, que l'important c'est de t'avoir avec nous au quotidien, pas dans un mausolée.
Il y a peu, mon frère a justement brisé une chaîne qui m'a trop longtemps pesé : ne pas faire de ton souvenir un poids, ne pas t'ériger en commandeur mais en présence naturelle et bienveillante.
Aussi étrange que cela puisse paraître, j'aime venir dans ce cimetière. Pour un instant, je me sens échapper au temps. Pour un instant ta main se pose sur mon épaule.
Il y a quelque chose de Christique dans les nuages.
Il y a quelque chose de toi dans cette prière.
Il y a la beauté, la force et la sagesse, quand la mort reprend toute sa place dans la Vie... ta vie, nos vies. Affectueusement. M.
Mathilde Voinchet @ 2009-10-12 23:41:39