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<title>Journal Extime</title>
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<description>Le photoblog de Pierre Mestre</description>
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<copyright>photos par Pierre Mestre - Creative commons</copyright>
	<item>
	<title>24 mars 2013 // Gallerie des ancêtres</title>
	<link>http://www.afleurdenet.com/journalextime/index.php?showimage=590</link>
	<description>
		&lt;img src=&quot;http://www.afleurdenet.com/journalextime/thumbnails/thumb_20130325005454_200130324_pierre_mestre.jpg&quot;&gt;&lt;br/&gt;
		Que faisons nous de nos photos ? 
&lt;br /&gt;Voilà plus de dix ans que je pratique avec une certaine ferveur la photographie. Des centaines, des milliers de clichés accumulés sur mes disques durs. Beaucoup perdus au gré des différentes péripéties informatiques. Peu - très peu -  couchés sur papier. Encore moins encadrés et accrochés aux murs.
&lt;br /&gt;A moi seul j&#039;ai dû prendre plus de photos que mes parents, grands parents et probablement que l&#039;ensemble de mes aïeux depuis Nicéphore Niepce. 
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;Évidemment, les photos d&#039;antan avaient valeur de patrimoine familial et prendre la pose devant l&#039;objectif était un acte solennel et rare rythmant les grandes étapes de la vie. 
&lt;br /&gt;Notre rapport à l&#039;image a changé au point que nous nous photographions parfois plus que nous nous voyons. Comme si immortaliser chaque non-événement pouvait donner de la consistance à nos quotidiens. 
&lt;br /&gt;Le partage se fait de plus en plus dans l&#039;instantané, une image chassant immédiatement l&#039;autre, une icône ne durant que le temps d&#039;un clic de souris. 
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;Et pourtant en quelques cadres laissées sur le toit poussiéreux de son armoire, mamie transmet bien plus de son histoire que les centaines de photos que j&#039;ai pris d&#039;elle. 
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;Au delà des poses figées et convenues, un regard, une posture, un détail vestimentaire... les non dits des photos d&#039;époque touchent là où notre art consommé de la pose a tendance à stéréotyper nos modernes clichés.  Quand un seul portrait nous reste d&#039;un visage depuis longtemps disparu, on s&#039;attache à chaque indice : pli au coin de la bouche qui paraît familier, fierté dans le regard qu&#039;on aimerait reproduire, raideur dans les mains qui ont peu touché, traits du visage dont on a hérité. 
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;Je ne sais pas si les générations futures auront même concrètement accès à la masse quasi surréaliste des images  que nous accumulons. Encore moins si elles sauront y lire les histoires que nous essayons d&#039;immortaliser. La profusion tue sans doute la narration. 
&lt;br /&gt;A nous d&#039;inventer d&#039;autres façon de nous raconter...
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	</description>
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	<pubDate>Mon, 25 Mar 2013 00:54 +0200</pubDate>
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	</item>
	<item>
	<title>01 février 2013 // Elle est revenue pour nous dire...</title>
	<link>http://www.afleurdenet.com/journalextime/index.php?showimage=589</link>
	<description>
		&lt;img src=&quot;http://www.afleurdenet.com/journalextime/thumbnails/thumb_20130202001923_20130201_pierre_mestre.jpg&quot;&gt;&lt;br/&gt;
		Quand un de ses amis observe les chiffres qu&#039;elle a tatoués sur l&#039;avant bras et qui contrastent avec l&#039;élégance raffinée de sa robe d&#039;été, Charlotte Delbo répond que ce numéro lui a porté chance. Il est celui d&#039;une femme revenue du pays des morts. 
&lt;br /&gt;Deux émissions de radio pour découvrir une âme résistante qui a survécu à Auschwitz. Qui a mis des mots sur ce que d&#039;aucuns qualifiaient d’innommable.
&lt;br /&gt;Il n&#039;est pas étonnant que la parole d&#039;une femme rebelle et viscéralement vivante n&#039;aie pas trouvé l&#039;écoute auprès d&#039;une société longtemps pétrifiée, tétanisée. 
&lt;br /&gt;Elle a pourtant su écrire des visages, des noms, des histoires là où notre imaginaire collectif fabrique un mythe. Et cette réalité de l&#039;horreur donne à la tragédie sa dimension humaine qui la rend encore plus implacable et irréfutable.
&lt;br /&gt;« Il faut qu&#039;il y en aie une qui revienne pour dire ». Elle fut celle-là. Il est plus que temps de l&#039;entendre. Elle porte la vie par delà nos errances. 
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;A écouter les émission subtiles, sublimes que Zoé Varier a consacré à Charlotte Delbo :
&lt;br /&gt;- partie 1
&lt;br /&gt;-   partie 2
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;Le site de l&#039;association des Amis de Charlotte Delbo
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	</description>
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	<pubDate>Sat, 02 Feb 2013 00:19 +0200</pubDate>
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	</item>
	<item>
	<title>15 décembre 2012 // Sur ses lèvres</title>
	<link>http://www.afleurdenet.com/journalextime/index.php?showimage=588</link>
	<description>
		&lt;img src=&quot;http://www.afleurdenet.com/journalextime/thumbnails/thumb_20121215225608_20121215_pierre_mestre.jpg&quot;&gt;&lt;br/&gt;
		Depuis quelques semaines, la personne concernée par l&#039;histoire qui va suivre lit ce journal, retrouvailles numériques après des dizaines (!) d&#039;années sans nouvelles. Je suis certain qu&#039;elle se reconnaîtra et lui demande par avance pardon de dévoiler ainsi un tel pan de notre intimité.
&lt;br /&gt;Mais il me semble qu&#039;il y a prescription et je ne suis même pas certain qu&#039;elle se souvienne de cet épisode qui a pourtant gravé ma mémoire bien plus durablement que le cœur maladroit tracé sur le tronc d&#039;un jeune arbre qui n&#039;en demandait pas tant.  
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;Un été en Corrèze. Au Pescher, patelin de ma famille paternelle. Drôle de nom, prémonitoire en l’occurrence. 
&lt;br /&gt;Comme chaque grandes vacances, nous nous retrouvons entre enfants « d&#039;expatriés » à mêler nos jeux avec ceux dont les parents sont restés. Des amitiés s&#039;installent en pointillés. On se retrouve d&#039;années en années, presque surpris de voir que les copains en ont aussi profité pour grandir. Rien n&#039;a bougé dans les ruelles du village que l&#039;on connaît par cœur mais tout a changé en nous après de longs mois d&#039;école et d&#039;histoires parallèles. 
&lt;br /&gt;On se raconte notre quotidien de citadins comme des épopées sauvages, chacun jalousant secrètement l&#039;autre qui a manifestement une vie infiniment plus aventureuse et palpitante. Ceux du coin profitent de leur connaissance du terrain pour nous faire explorer les environs à pieds, à vélo plus tard en pétrolette. 
&lt;br /&gt;Comme nous sommes tous plus ou moins cousins éloignés, que nos parents se connaissent de longue date, un air de grande famille imprègne le tout, racontars compris.
&lt;br /&gt;L&#039;adolescence venue, inutile de dire que les parties de chasse au trésor sont devenues des chasses à cour. Les garçons tenant à prouver leur virilité naissante, les jeunes filles testant leur capacité de séduction en fleur. A cette étape, pour des raisons plus ou moins valables, j&#039;étais plutôt hors du groupe et mes tentatives de m&#039;y insérer furent aussi maladroites que consternantes. 
&lt;br /&gt;Mais avant cette période assez éprouvante pour mon orgueil eu lieu l&#039;âge du premier baiser. 
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;Pour poursuivre ce récit, je vais passer en mode « caméra mentale », vous savez cette inexplicable capacité que nous avons à enregistrer chaque son, chaque image chaque odeur, chaque vibration de fragments de notre vie. Ma propre caméra est assez détraquée. Elle se déclenche souvent n&#039;importe quand à l&#039;insu de mon conscient et inversement oublie totalement de saisir l&#039;essentiel. 
&lt;br /&gt;Mais là, ça a marché et je nous revois elle et moi occupés à d&#039;innocents jeux dans la Sourdoire, le ruisseau du coin. Quand je dis innocents, ce n&#039;est pas une figure de style : des barrages pour les garlèches (petits poissons pour la friture) et probablement déjà quelques tentatives de ricochets (c&#039;est depuis un de mes grands trucs pour séduire, même si à ma connaissance cela n&#039;a jamais épaté que Mamie Adrienne, et encore).
&lt;br /&gt;Je parle d&#039;un petit garçon de onze ans - la petite file a le même âge à quelques jours près - qui n&#039;a pour l&#039;instant jamais compté fleurette qu&#039;à son chat en peluche et n&#039;a pase idée de ce qu&#039;être amoureux peut impliquer de complications à une existence jusqu&#039;ici particulièrement rêveuse.
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;Donc la rivière, le vélo dont je n&#039;étais pas peu fier (celui tout bleu réparé par papa) et les baskets neuves qui goyent (comprenez qui prennent l&#039;eau) à chaque franchissement du cours d&#039;eau. 
&lt;br /&gt;Je ne sais si c&#039;est ma science du lancer de cailloux qui fit alors son effet, mais nous éprouvâmes cet après-midi là le désir impérieux de monter voir si la cabane perchée dans le bois de la côte de Flomont était toujours debout. 
&lt;br /&gt;A vrai dire, il me semble avoir  innocemment amené la discussion sur les histoires d&#039;amour que j&#039;avais pu observer dans la cour d&#039;école.
&lt;br /&gt;Et là déjà, nouveauté : ce truc dans le ventre qui me brûle à mesure où je m&#039;aventure sur ce sujet que je ne sais alors pas si ardant. 
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;Coupure de la vidéo. Je retrouve l&#039;image dans la fameuse cabane - quelques bouts de bois vaguement assemblés en tipi par nous ne savions qui. J&#039;active la  fonction zoom de ma caméra Intimix2000® qui me permet de distinguer le grain de sa peau, le détail de ses lèvres, la vallée de son cou. Une option Odoramascope®  ajoute à l&#039;odeur de sous-bois celle nettement plus troublante de ma partenaire. 
&lt;br /&gt;Au moment où je vous parle, nous sommes assis serrés sous les branches et il me semble - mais la retransmission est super brouillée - que ma main touche la sienne. Ce dont je suis sûr c&#039;est que pour la première fois de ma vie j&#039;ai conscience de me jeter dans le vide du haut d&#039;un arbre perché sur une corniche surplombant  un torrent. Tout au moins mon cœur bat comme si tel était le cas. 
&lt;br /&gt;Je trouve une méga parade qui offre l&#039;avantage de dire ce que ma bouche desséchée ne saurait formuler : le coup du cœur gravé dans un arbre. 
&lt;br /&gt;Faute de couteau (plus tard je deviendrais adepte du Laguiole toujours dans la poche) je trouve un fragment de roche et m&#039;applique à faire comme Gaston avec Mademoiselle Jeanne : une forme patatoïde enserrant nos initiales. 
&lt;br /&gt;En tout état de cause le message semble avoir été clair puisque je ne me souviens pas avoir fini mon œuvre. Nos lèvres se sont rencontrées sans que j&#039;y sois pour grand chose.
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;C&#039;est là que je perds tous mes moyens. Dépassé par la tournure des événements, j&#039;ai le souvenir confus d&#039;avoir subitement prétexté l&#039;heure tardive pour détaller comme un lapin (sauf que précisément les lapins ne détallent pas dans ce genre de contexte).
&lt;br /&gt;Je me demande même si je n&#039;ai pas laissé ma belle en plan dans cette fichue cabane. Elle pourra m&#039;adresser en message privé sa version des faits et par là même de justifiées récriminations...
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;Repas du soir en famille. Je ne reconnais plus mon corps ni même mon environnement immédiat.
&lt;br /&gt;Je ne touche pas à mon repas et ne prête même pas attention aux reproches de ma grand mère au sujet de mes baskets complètement trempées. J&#039;ai fait bien plus grave que ça et vous n&#039;en savez rien !
&lt;br /&gt;Comment avouer que je viens probablement de faire un enfant à la fille la plus jolie du village d&#039;un seul baiser, aussi furtif fut-il ? J&#039;en perds l’appétit bien sûr, mais aussi le sens commun des choses au point que mon père, ignorant le drame, hésite entre franche inquiétude et colère légitime face à tant de mystères et de maladresse.
&lt;br /&gt;La nuit suivante n&#039;est que tourments et c&#039;est au petit matin que je finis par passer aux aveux.
&lt;br /&gt;Là encore j&#039;ai le très net souvenir du rire de mon père et de son regard que j’interprète à présent comme fier et particulièrement attendri. 
&lt;br /&gt;C&#039;est aussi là que se termine ce premier épisode d&#039;une série au long cours : les jours qui suivirent furent une longue convalescence où je me suis réfugié dans un isolement total, refusant tout contact avec la bande du village et à fortiori avec celle qui me causait tant de tourments. 
&lt;br /&gt;Mon premier baiser fut donc une brûlure, un choc, un cataclysme. Je ne m&#039;explique pas pourquoi tant d&#039;effets mais j&#039;en garde aujourd&#039;hui le goût de l&#039;intensité et du vertige.
&lt;br /&gt;Peut être que nous passons notre vie à essayer de reproduire cette première fois...
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	</description>
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	<pubDate>Sat, 15 Dec 2012 22:56 +0200</pubDate>
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	</item>
	<item>
	<title>4 novembre 2012 // Le jour avant la liberté</title>
	<link>http://www.afleurdenet.com/journalextime/index.php?showimage=587</link>
	<description>
		&lt;img src=&quot;http://www.afleurdenet.com/journalextime/thumbnails/thumb_20121104233859_20121104_pierre_mestre.jpg&quot;&gt;&lt;br/&gt;
		Le roman, bref, dense, sublime, se déroule dans le Naples populaire d&#039;après seconde guerre mondiale. 
&lt;br /&gt;Le narrateur, orphelin adolescent pris en charge par le charismatique don Gaetano, s&#039;est cassé le nez lors d&#039;une partie de foot la veille de son rendez-vous avec l&#039;amour attendu depuis l&#039;enfance. 
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;« Je ne regrettais pas de m&#039;être cassé le nez le jour avant. Celui qui est appelé à défendre les buts a la responsabilité de toute une équipe. Le jour avant la liberté, don Gaetano était allé se battre avec les Napolitains. Il n&#039;était pas resté enfermé chez lui à attendre. Il avait fait ce qui était nécessaire et moi aussi. Et si la liberté le trouvait mort le jour suivant ? C&#039;était pire si elle le trouvait caché. Chacun doit gagner sa liberté et la défendre. Le bonheur non, c&#039;est un cadeau, et il n&#039;a rien à voir avec le fait d&#039;être un bon goal et d&#039;arrêter des penaltys. Le bonheur, comment pouvais-je me permettre de le nommer sans le connaître ? Dans ma bouche, il résonnait avec effronterie, comme lorsqu&#039;on se vante de connaître une célébrité et qu&#039;on l&#039;appelle par son prénom, en disant Marcello pour désigner Mastroianni. »
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;Le jour avant le bonheur, Eri de Luca, traduit de l&#039;italien par Danièle Valin, éd. Gallimard
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	</description>
	<enclosure type="image/jpeg" length="" url="http://www.afleurdenet.com/journalextime/home/afleurde/www/journalextime/images/20121104233859_20121104_pierre_mestre.jpg" />
	<pubDate>Sun, 04 Nov 2012 23:38 +0200</pubDate>
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	</item>
	<item>
	<title>20 septembre 2012 // Lettre à Mamie</title>
	<link>http://www.afleurdenet.com/journalextime/index.php?showimage=586</link>
	<description>
		&lt;img src=&quot;http://www.afleurdenet.com/journalextime/thumbnails/thumb_20120926142504_dsc_2291.jpg&quot;&gt;&lt;br/&gt;
		Mamie,
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;Voilà bien longtemps que je ne t&#039;ai écrit de lettre. A vrai dire je me suis toujours contenté de simples cartes postales au gré des vacances loin de toi. 
&lt;br /&gt;T&#039;écrire une longue lettre, cela n&#039;était pas dans l&#039;ordre des choses. Si je l&#039;avais fait, tu en aurais été assez surprise je pense. 
&lt;br /&gt;Après une lecture attentive, laborieuse (mes pattes de mouche avaient le don de te faire râler) et probablement une réponse de ta part, tu aurais rangé les feuillets dans la boîte à biscuits métallique. Celle où tu conservais précieusement les courriers reçus du temps où le téléphone était réservé aux urgences. 
&lt;br /&gt;Adolescent curieux, j&#039;ai trouvé dans cette boîte bleue des correspondances que tu entretenais avec mes parents alors qu&#039;ils venaient de « monter » à Paris. Témoignages intemporels qui donnent corps aux récits. Irruption d&#039;un quotidien pas si lointain mais déjà entré dans l&#039;histoire à mes yeux de petit fils. Mes cartes postales de vacances n&#039;auront pas la même saveur. 
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;A présent il est trop tard, tu ne liras plus mes lignes, j&#039;écris cette lettre au passé. A titre d&#039;hommage, je vais la publier dans mon Journal en ligne dont tu fus une des grandes sources d&#039;inspiration et un fil conducteur jusqu&#039;ici incassable. Paradoxe pour toi qui ignorais totalement le sens du mot Internet et dont la pudeur naturelle t&#039;aurait fait douter de l&#039;intérêt d&#039;une telle entreprise.
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;Tu es partie pour ton plus long voyage au printemps, dans un soupir, entourée de tes deux filles.  Ce grand départ tant redouté, tant espéré, tu t&#039;y étais préparée. Tu n&#039;étais, par la force des choses, pas une grande voyageuse. Mais ce long séjour là, tu y pensais sans cesse depuis tellement d&#039;années. Depuis que Jean ton mari bien trop tôt parti t&#039;avait laissée seule dans la maison devenue trop grande, depuis que tes forces déclinantes t&#039;ont fait petit à petit renoncer au potager, aux poules, aux repas pour tes petits enfants...
&lt;br /&gt;Tu as lâché vie dans un moment d&#039;apaisement, après avoir résisté aux pires tourments.
&lt;br /&gt;Ce n&#039;est pas la vie qui t&#039;a quitté, c&#039;est bien toi qui es partie. La mort ne t&#039;a pas emportée, c&#039;est toi qui as décidé du moment où aller à elle. C&#039;est l&#039;ultime tour de force que je te connais, qui te ressemble tellement, toi qui as toujours voulu tout maîtriser, contrôler...
&lt;br /&gt;Ton corps s&#039;est consumé jusqu&#039;à la dernière fibre de tes muscles noueux. Tes jambes ont déclaré forfait, ton cœur était à bout de souffle mais tant qu&#039;il restait une parcelle de force, tu tenais. Tu tenais. Tu tenais. Un dernier souffle a fini par éteindre la flamme vacillante faute de combustible.
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;Tes terres ont à présent connu un été sans toi. Les ronces vont continuer à gagner du terrain autour de la maison. Les mauvaises herbes éclateront un peu plus le goudron de la cour. Les tuiles soulevées par le vent auront le temps de laisser filtrer l&#039;eau. La maison sera froide cet hiver. Plus jamais ton parfum de mamie des champs ne flottera dans la cuisine...
&lt;br /&gt;On ne peut pas lutter contre l&#039;absence au quotidien.
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;J&#039;ai beau savoir que pour toi il était grand temps de ne plus porter tes jours, que tu as évité de cuisantes chaleurs estivales, que tu n&#039;avais plus de raisons de rester alitée loin de chez toi dans cette chambre qui n&#039;était pas la tienne... je n&#039;arrive pas à admettre l&#039;irrémédiable, l&#039;irréversible.
&lt;br /&gt; Ne plus serrer tes mains si belles d&#039;avoir tant travaillé, ne plus croiser ton regard espiègle, ne plus t&#039;écouter répéter les nouvelles du pays que tu captais je ne sais comment, ne plus te faire remonter à force de questions tes souvenirs d&#039;enfance, ne plus te regarder cuisiner près de la cuisinière à bois, ne plus parler plus lentement pour que tu me comprennes, ne plus me sentir coupable de ne pas venir te voir assez souvent...
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;Nous sommes retournés chez toi, sans toi. Tes filles continuent tant que possible à faire vivre ces lieux que tu arpentais. Nous avons retrouvé le plaisir des repas sous le tilleul aux heures chaudes. Nous essaierons de réparer les fuites et de faucher les herbes folles. 
&lt;br /&gt;Plus rien ne sera pareil mais nous avons gardé l&#039;essentiel : ton obstination à vivre, ta force malgré tout, ton courage malgré toi.
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;Contrairement à mes traditionnelles cartes postales, je ne vais pas conclure par « A très bientôt mamie ! ». Mais après tout pourquoi pas... 
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;Ton petit-fils Pierre.
&lt;br /&gt;Post scriptum : Pour retrouver les billets ou les photos consacrés à Mamie Adrienne, vous pouvez cliquer ici...
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	</description>
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	<pubDate>Wed, 26 Sep 2012 14:25 +0200</pubDate>
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	</item>
	<item>
	<title>05 juin 2012 // « On est cons, mais pas au point de voyager » -  Samuel Beckett</title>
	<link>http://www.afleurdenet.com/journalextime/index.php?showimage=585</link>
	<description>
		&lt;img src=&quot;http://www.afleurdenet.com/journalextime/thumbnails/thumb_20120605235952_20120605_pierre_mestre.jpg&quot;&gt;&lt;br/&gt;
		Quelques photos du Vietnam. A peine quinze jours passés dans le nord de ce long pays. Beaucoup de paysages, de sons, d&#039;odeurs, de couleurs, de visages... mais aussi l&#039;éternelle frustration du voyageur qui rêve bêtement de tisser des liens dans des contrées lointaines en l&#039;espace de quelques journées sur place. 
&lt;br /&gt;Vaine illusion très occidentale qui consiste à penser que des gens pris dans leur quotidien à l&#039;autre bout de la Terre n&#039;attendent que nos gros souliers de touristes pour partager leur culture.
&lt;br /&gt;J&#039;imagine à l&#039;inverse un étranger qui m&#039;aborderait un soir de semaine, au retour du boulot, pour me demander comment je vis. 
&lt;br /&gt;Il se peut que je lui ouvre ma porte et partage avec lui une bière, sachant que j&#039;en suis à l&#039;heure du repos. Mais il est tout aussi probable que, épuisé ou préoccupé, je lui réponde d&#039;un sourire contraint « désolé,  j&#039;ai à faire »...
&lt;br /&gt;Les barrières sociales, culturelles, linguistiques ne me semblent jamais plus infranchissables que lors de ces « brefs » séjours au cours desquels je dois mettre ma faconde sous le boisseau faute de ne pouvoir m&#039;exprimer librement et spontanément. 
&lt;br /&gt;La position d&#039;homo touristicus, si elle fait voir du pays, n&#039;élève pas forcément le genre humain et seul le voyageur au long cours me parait avoir des chances de forger de solides relations basées sur la durée et le vécu partagé. 
&lt;br /&gt;Si les belles rencontres sont bien entendu toujours possibles au détour d&#039;une soirée, d&#039;un repas, d&#039;un trajet, je finis par vivre ces dépaysements comme une forme de voyage dans mon intime, en le confrontant et le mêlant avec l&#039;ailleurs et les autres. 
&lt;br /&gt;Plus que des mots, les photos (cliquer ici) exprimeront je l&#039;espère le charme subtil (mais souvent bruyant !) de ce pays de saveurs aux tonalités brumeuses... 
&lt;br /&gt;Pour mieux comprendre ces régions vues par de vrais baroudeurs, lire le blog de la famille Dozin, qui achève un tour du monde en 365 jours... c&#039;était vraiment très gai de les croiser, comme on dit par chez eux en Belgique.  
&lt;br /&gt;Plus centré sur l&#039;Asie, 
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	<pubDate>Tue, 05 Jun 2012 23:59 +0200</pubDate>
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	<item>
	<title>31 janvier 2012 // La Fanette</title>
	<link>http://www.afleurdenet.com/journalextime/index.php?showimage=584</link>
	<description>
		&lt;img src=&quot;http://www.afleurdenet.com/journalextime/thumbnails/thumb_20120131010348_20120131_pierre_mestre.jpg&quot;&gt;&lt;br/&gt;
		Nous étions deux amis et Fanette m&#039;aimait
&lt;br /&gt;La plage était déserte et dormait sous juillet
&lt;br /&gt;Si elles s&#039;en souviennent les vagues vous diront
&lt;br /&gt;Combien pour la Fanette j&#039;ai chanté de chansons
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;Faut dire
&lt;br /&gt;Faut dire qu&#039;elle était belle
&lt;br /&gt;Comme une perle d&#039;eau
&lt;br /&gt;Faut dire qu&#039;elle était belle
&lt;br /&gt;Et je ne suis pas beau
&lt;br /&gt;Faut dire
&lt;br /&gt;Faut dire qu&#039;elle était brune
&lt;br /&gt;Tant la dune était blonde
&lt;br /&gt;Et tenant l&#039;autre et l&#039;une
&lt;br /&gt;Moi je tenais le monde
&lt;br /&gt;Faut dire
&lt;br /&gt;Faut dire que j&#039;étais fou
&lt;br /&gt;De croire à tout cela
&lt;br /&gt;Je le croyais à nous
&lt;br /&gt;Je la croyais à moi
&lt;br /&gt;Faut dire
&lt;br /&gt;Qu&#039;on ne nous apprend pas
&lt;br /&gt;A se méfier de tout
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;Nous étions deux amis et Fanette m&#039;aimait
&lt;br /&gt;La plage était déserte et mentait sous juillet
&lt;br /&gt;Si elles s&#039;en souviennent les vagues vous diront
&lt;br /&gt;Comment pour la Fanette s&#039;arrêta la chanson
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;Faut dire
&lt;br /&gt;Faut dire qu&#039;en sortant
&lt;br /&gt;D&#039;une vague mourante
&lt;br /&gt;Je les vis s&#039;en allant
&lt;br /&gt;Comme amant et amante
&lt;br /&gt;Faut dire
&lt;br /&gt;Faut dire qu&#039;ils ont ri
&lt;br /&gt;Quand ils m&#039;ont vu pleurer
&lt;br /&gt;Faut dire qu&#039;ils ont chanté
&lt;br /&gt;Quand je les ai maudits
&lt;br /&gt;Faut dire
&lt;br /&gt;Que c&#039;est bien ce jour-là
&lt;br /&gt;Qu&#039;ils ont nagé si loin
&lt;br /&gt;Qu&#039;ils ont nagé si bien
&lt;br /&gt;Qu&#039;on ne les revit pas
&lt;br /&gt;Faut dire
&lt;br /&gt;Qu&#039;on ne nous apprend pas
&lt;br /&gt;Mais parlons d&#039;autre chose
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;Nous étions deux amis et Fanette l&#039;aimait
&lt;br /&gt;La place est déserte et pleure sous juillet
&lt;br /&gt;Et le soir quelquefois
&lt;br /&gt;Quand les vagues s&#039;arrêtent
&lt;br /&gt;J&#039;entends comme une voix
&lt;br /&gt;J&#039;entends... c&#039;est la Fanette
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;Paroles : Jacques Brel
&lt;br /&gt;A l&#039;écoute : Didier Squiban - Ar Baradoz
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	</description>
	<enclosure type="image/jpeg" length="" url="http://www.afleurdenet.com/journalextime/home/afleurde/www/journalextime/images/20120131010348_20120131_pierre_mestre.jpg" />
	<pubDate>Tue, 31 Jan 2012 01:03 +0200</pubDate>
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	</item>
	<item>
	<title>15 janvier 2012 // Mais nous sommes immortels</title>
	<link>http://www.afleurdenet.com/journalextime/index.php?showimage=583</link>
	<description>
		&lt;img src=&quot;http://www.afleurdenet.com/journalextime/thumbnails/thumb_20120115230622_20120115_pierre_mestre.jpg&quot;&gt;&lt;br/&gt;
		Âgé d&#039;à peine plus de treize ans, j&#039;ai dû dire adieu à mon papa. Maman a eu alors l&#039;intelligence et le courage de me laisser un long moment seul le saluer avant de le perdre définitivement de vue.  
&lt;br /&gt;Vous imaginez, ou pas d&#039;ailleurs, ce que la présence du corps sans vie d&#039;un père laisse comme fissures à un jeune fils. Son absence de regard, d&#039;odeur, de chaleur, de réponse à mes appels sont à jamais une vallée sans écho où se perdent mes cris de rage, de folie, de joie non partagée, où s&#039;égarent mes errances d&#039;adolescent, mes doutes d&#039;homme. 
&lt;br /&gt;Cette ultime rencontre a précipité le petit garçon très préservé dans une inconcevable réalité : même papa est mortel. Rien ne prépare à ça, pas même une longue maladie et les prévenance d&#039;un entourage qui ne voulait pas plus croire à cette issue fatale : Jacques est immortel. 
&lt;br /&gt;Cette disparition brutale du modèle paternel a totalement déréglé mon horloge intime. La vie serait donc un temps bien trop court pour qu&#039;on ne la vive qu&#039;une fois. Remplir mes journées jusqu&#039;à mes nuits, vivre chaque heure comme l&#039;avant dernière. Quitte à avoir vécu avant que d&#039;être. Quitte à m&#039;user avant l&#039;âge.
&lt;br /&gt;Les années passent. D&#039;autres accidents mais bien sûr des bonheurs, des rencontres, des voyages, des lectures finissent par entraver cette course contre la mort. A trop vouloir en faire, on s&#039;épuise et l&#039;inaccessible étoile est toujours aussi lointaine. 
&lt;br /&gt;A force de trébucher et de m&#039;user en vain, j&#039;ai fini par admettre que vivre demande de ne pas se penser mort. Une forme de sagesse est d&#039;accepter l&#039;immanence de notre disparition.  Les religions de tous poils l&#039;ont bien compris qui agitent le spectre de l&#039;au-delà comme on menace un gamin de l&#039;ogre s&#039;il n&#039;est pas sage. Sauf que la fin arrive quand même et que jusqu&#039;à preuve du contraire il n&#039;y a rien après qui ne justifie qu&#039;on en oublie d&#039;exister. Y compris une très hypothétique réincarnation qui serait sans doute bien pratique mais me semble vraiment trop aléatoire pour compter dessus. 
&lt;br /&gt;J&#039;apprends donc a avoir peur de la mort. Du moins à assumer cette sainte frousse qui ne m&#039;a  jamais quittée. Cela a l&#039;avantage de rendre précieux ce qui est. Et permet paradoxalement de mieux goûter l&#039;instant présent : quitte à mourir, autant que ce soit le plus tard possible.
&lt;br /&gt;La mort n&#039;est redoutable que si on avance en l&#039;ignorant. La savoir c&#039;est la prévoir. L&#039;affronter c&#039;est la dompter. Exister c&#039;est la conjurer.
&lt;br /&gt;  Je ne regrette définitivement pas cet adieu terrible, bien au contraire. Il m&#039;a permis de voir ce que ne plus être signifie. Je dois maintenant apprendre à ralentir cette course qui ne mène nulle part sauf à ignorer le présent. Je partirais à mon tour, autant y aller en marchant.
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	</description>
	<enclosure type="image/jpeg" length="" url="http://www.afleurdenet.com/journalextime/home/afleurde/www/journalextime/images/20120115230622_20120115_pierre_mestre.jpg" />
	<pubDate>Sun, 15 Jan 2012 23:06 +0200</pubDate>
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	</item>
	<item>
	<title>01 janvier 2012 // Renaissance</title>
	<link>http://www.afleurdenet.com/journalextime/index.php?showimage=582</link>
	<description>
		&lt;img src=&quot;http://www.afleurdenet.com/journalextime/thumbnails/thumb_20120101133717_20120101_pierre_mestre.jpg&quot;&gt;&lt;br/&gt;
		« Il ne s’agit pas de revivre : il s’agit de recommencer la vie dans son impulsion même. Dans sa naissance. Dans sa nouveauté.  
&lt;br /&gt;Renaissance, aux yeux de Pétrarque ou de Cusa, aux yeux d’Eckart et de Bruno ou de Montaigne ou de Shakespeare, ne voulut jamais dire restauration des Anciens dans leur ancienneté – mais renaissance de la naissance même.  
&lt;br /&gt;Rallumer à l’intensité de ce qui commence, tout ce qui succède.   
&lt;br /&gt;Retrouver l’aube.  
&lt;br /&gt;Naître. »   
&lt;br /&gt;Pascal Quignard. Réthorique spéculative
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;C&#039;est sur ces mots très justes que je rêve - et vous souhaite - de commencer cette nouvelle année : renaissance, intensité, aube.
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;A l&#039;écoute une interprétation des Folies d&#039;Espagne par Jordi Savall.
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	</description>
	<enclosure type="image/jpeg" length="" url="http://www.afleurdenet.com/journalextime/home/afleurde/www/journalextime/images/20120101133717_20120101_pierre_mestre.jpg" />
	<pubDate>Sun, 01 Jan 2012 13:37 +0200</pubDate>
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	</item>
	<item>
	<title>13 novembre 2011 // A la Toussaint, les cimetières sont jaunes</title>
	<link>http://www.afleurdenet.com/journalextime/index.php?showimage=581</link>
	<description>
		&lt;img src=&quot;http://www.afleurdenet.com/journalextime/thumbnails/thumb_20111113224034_20111113_pierre_mestre.jpg&quot;&gt;&lt;br/&gt;
		Au lycée, une des salles de classe où je comptais les heures surplombait le cimetière de la ville. Vision de banlieue particulièrement grise au cœur de l&#039;automne. Un gris sans nuance, mélange de mûrs défraîchis, de routes sans trottoir, de murs en parpaings, de pavillons mornes où même les jardins renoncent à la couleur. Un gris mal aimé, mal aimable. 
&lt;br /&gt;Mais début novembre, une procession aux épaules basses, aux vestes de cuir noir assorties de manteaux sombres, aux regards de circonstance, s&#039;obstinait à colorer de jaune pétard, de rose bonbon, d&#039;orange pétaradant les allées du plus morne des lieux de cette morne cité.
&lt;br /&gt;Cette scène ne manquait pas de me fasciner, sorte d&#039;obstination suprême à conjurer les ténèbres en brandissant un stylo feutre...
&lt;br /&gt;Comme j&#039;avais tout mon temps pour rêver (cours de maths), je transformais ces tristes badauds en une armée improbable et secrète de coloristes venus rendre à mes yeux quelques pigments que je croyais disparus à jamais. Je les en remerciais et leur rendait hommage en crayonnant mon cahier des quatre couleurs dont disposait mon stylo Bic. Les paysages que je traçais n&#039;avaient aucun rapport avec le spectacle : je représentais un paradis chamarré (mais dépourvu de chrysanthème) où j’entraînais dans un grand éclat de rire cette armada d&#039;un jour. 
&lt;br /&gt;Les semaines qui suivaient étaient une lente agonie de tout espoir de beauté : les fleurs s&#039;étiolaient immanquablement, abandonnées à la soif et aux frimas. Les processionnaires avaient quitté les lieux pour un an et chaque pétale qui flétrissait était une victoire du spleen.
&lt;br /&gt;L&#039;automne fanait ainsi lentement, tristement. Et l&#039;hiver qui n&#039;arrivait pas...
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	</description>
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	<pubDate>Sun, 13 Nov 2011 22:40 +0200</pubDate>
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